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La Nuit juste avant les forêts
de Bernard-Marie Koltès

DU 10 AU 12 NOVEMBRE 2011 | jeudi à 19h, vendredi et samedi à 20h30

Distribution

texte : Bernard-Marie Koltès
direction : Lorenzo Malaguerra
avec Olivier Yglesias
scénographie : Kristelle Paré
lumières : Joël Pochon
administration : Lili Auderset

Le spectacle

Dans La nuit juste avant les forêts, Bernard-Marie Koltès compose une seule phrase de soixante-trois pages, sans aucune interruption mais très précisément ponctuée. C'est un texte en forme de déclaration d'amour qu'un homme adresse à un inconnu.
Il lui raconte des choses très simples : les cons de Français, l'histoire de la pute, le syndicat international, faire de n'importe quelle chambre un chez-soi. A travers ces récits, il convoque l'humanité entière - et les éléments naturels également à travers l'image de la forêt comme ultime refuge - pour dresser le tableau d'une incroyable et universelle solitude.

« Il dégouline, Olivier Yglesias. De sueur et de poésie. De générosité et de pugnacité. »
Alexandre Demidoff, Le Temps, 2001

L'auteur et le texte

Bernard-Marie Koltès est né le 9 avril 1948 dans une famille bourgeoise de Metz. Il intègre le Théâtre national de Strasbourg en section scénographie, puis y réalise une dizaine de mises en scène. Il commence alors à écrire pour le théâtre. En 1970, il monte sa propre troupe de théâtre, le « Théâtre du Quai » et écrit L'Héritage. Entre un passage au Parti communiste français (1974-1978), de nombreux voyages en Amérique latine, en Afrique et à New York, Koltès crée de nombreuses pièces, comme le long soliloque La Nuit juste avant les forêts, monté dans le off du Festival d'Avignon en 1977 par l'auteur.
C'est ensuite la rencontre avec Patrice Chéreau, Claude Stratz, futur directeur de la Comédie de Genève et Jérôme Lindon, responsable des Editions de Minuit. Une carrière fulgurante est lancée.
Dans la solitude des champs de coton est mise en scène pour la première fois à Nanterre en 1987 par Patrice Chéreau. La pièce est montée dans les cinq continents.
En 1987, Luc Bondy lui commande une traduction du Conte d'hiver de Shakespeare, pour sa mise en scène programmée en 1988.
Le retour au désert, écrite pour Jacqueline Maillan et Michel Piccoli, est créée par Patrice Chéreau en septembre 1988 au Théâtre du Rond-Point à Paris.
La dernière pièce de Bernard-Marie Koltès écrite en 1988, Roberto Zucco, est créée à la Schaubühne de Berlin en 1990 par Peter Stein. Elle est jouée pour la première fois en France en 1991 au T.N.P. de Villeurbanne, puis au Théâtre de la Ville, dans une mise en scène de Bruno Boëglin. (La pièce sera interdite à Chambéry). C'est sans doute la pièce de Koltès la plus jouée dans le monde.
Atteint depuis quelques années du SIDA, son état de santé s'aggrave au cours de 1988. Dans l'hiver 88-89, il voyage de Lisbonne au Mexique et au Guatemala, à Paris, puis finalement encore à Lisbonne où il reste un mois. Il meurt, quelques jours plus tard, le 15 avril 1989.

Extrait de La Nuit juste avant les forêts
« Tu tournais le coin de la rue lorsque je t'ai vu, il pleut, cela ne met pas à son avantage quand il pleut sur les cheveux et les fringues, mais quand même j'ai osé, et maintenant qu'on est là, que je ne veux pas me regarder, il faudrait que je me sèche, retourner là en bas me remettre en état - les cheveux tout au moins pour ne pas être malade, or je suis descendu tout à l'heure, voir s'il était possible de se remettre en état, mais en bas sont les cons, qui stationnent : tout le temps de sécher les cheveux, ils ne bougent pas, ils restent en attroupement, ils guettent dans le dos, et je suis remonté – juste le temps de pisser – avec mes fringues mouillées, je resterai comme cela, jusqu'à être dans une chambre : dès qu'on sera installé quelque part, je m'enlèverai tout, c'est pour cela que je cherche une chambre, car chez moi impossible, je ne peux pas y rentrer – pas pour toute la nuit cependant - , c'est pour cela que toi, lorsque tu tournais là-bas, le coin de la rue, que je t'ai vu, j'ai couru, je pensais : rien de plus facile à trouver qu'une chambre pour une nuit, une partie de la nuit, si on le veut vraiment, si l'on ose demander, malgré les fringues et les cheveux mouillés, malgré la pluie qui ôte les moyens si je me regarde dans une glace (…). »

La Nuit juste avant les forêts
, Editions de Minuit, 1980

La Nuit juste avant les forêts vue par son interprète, Olivier Yglesias

Un homme aborde un inconnu, un soir, au coin d'une rue. Il lui parle de son univers, une banlieue où il pleut, où l'on est étranger, où l'on ne travaille plus. Il lui parle de tout, de l'amour comme on ne peut jamais en parler, sauf à un inconnu comme celui-là, un enfant peut-être, silencieux, immobile… il lui parlera aussi de son rêve de syndicat international hostile au système : lutter contre une société malade, un monde insensé, incompréhensible…

Ce texte, écrit en 1977 mais dont les thèmes restent toujours d'actualité, parle du constat d'un homme qui vit dans un système rigoureux, qui connaît l'exclusion, la misère et la discrimination raciale. Cet homme est à la fois désespéré et attachant par sa douceur et sa demande d'amour.

Quand je vivais au Salvador, je me souviens que la majorité des habitants étaient pauvres. Et que la pauvreté côtoyait la richesse extrême. Cette fracture sociale qui se manifestait de façon si évidente était une habitude aux yeux de tous. Et le gouvernement, défendant les intérêts des privilégiés, entretenait cette situation catastrophique. Arrivé à Genève, je croyais rêver. Pas de misère au bord des rues, pas de tension dans la ville, une douce quiétude flottait sur les rives du lac. Mais, peu à peu, à la joie des premiers instants s'est mêlé le doute: l'exclusion est-elle vraiment absente de ce lieu enchanteur? Ou ne se manifeste-t-elle pas par des formes différentes? Poser la question c'est y répondre. Ce que je constatais en tout cas, c'est qu'au fur et à mesure de ma découverte de la vie genevoise, les problèmes de racisme, de pauvreté ou de tout autre type de différence existaient ici aussi. Bien sûr, ils n'avaient pas la même acuité apparente qu'au Salvador mais leur réalité était souterraine, cachée aux yeux du passant.

La nuit juste avant les forêts n'est pas un traité de politique sociale ou un pamphlet contre les sociétés industrialisées. C'est une pièce de théâtre qui décrit certaines caractéristiques du monde dans ce qu'il a de plus inavouable, dans le désespoir comme dans l'utopie d'un monde juste. Le monde représenté dans la pièce est à l'image de l'intégrité des deux personnages: l'un essaye de tout dire, l'autre ne dit rien. Et pourtant, ils sont liés l'un à l'autre par cette force particulière que génère la solitude, qu'on peut appeler désir ou peut-être simplement la volonté d'avoir un ami.

Dans un entretien avec Jean-Pierre Han Bernard-Marie Koltès disait : "Pour ma part, j'ai seulement envie de raconter bien, un jour, avec les mots les plus simples, la chose la plus importante que je connaisse et qui soit racontable, un désir, une émotion, un lieu, de la lumière et des bruits, n'importe quoi qui soit un bout de notre monde et qui appartienne à tous". C'est aussi, modestement, mon envie.

Olivier Yglesias

La compagnie

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Production
Le Troisième Spectacle
Rue du Bourg-aux-Favre 7
1870 Monthey

Photos de répétition
Présentation vidéo

Durée, prix et réservation

Environ 75 minutes.

Plein tarif : 30.-
Tarif réduit : 20.-
Enfants : 10.-

027 321 23 41
reservation@petitheatre.ch




 
     
   
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