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Ballade en Orage dans le cadre des Journées de Théâtre Suisse Contemporain
par la Cie Julien Mages (CH)

LES 23 et 24 JANVIER 2015 | vendredi à 16h et samedi à 21h

Le spectacle

Trois sœurs se retrouvent dans une propriété familiale pour veiller leur père. Deux frères s'y trouvent également pour reprendre la suite des affaires que dirigeait le père des filles… Le père des deux frères a rejoint celui des filles, il veille le père malade et s'occupe de recueillir ses dernières volontés afin de transmettre le témoin à ses fils. Les filles, elles, attendent le partage de la fortune personnelle de leur père que l'autre père, celui des fils, leur transmettra…

Il est question dans cette ballade théâtrale d'évoquer l'héritage, la filiation et la rupture profonde qui s'opèrent lorsqu'on décide de tout quitter, comme l'a fait Lear avant d'affronter l'orage dans la tragédie de Shakespeare.
À leur manière, ces trois sœurs et ces deux frères revivront cet orage qu'ont traversé leurs deux pères.

Au cœur du Collectif Division, Julien Mages continue à creuser son sillon, dans un dialogue fertile entre écriture et mise en scène. Après notamment Division familiale, État des Lieux et Valse aux Cypès, tous passés par le Petithéâtre de Sion, voici un nouveau jalon dans cette œuvre qui fouille les relations entre les êtres, les failles intérieures, les énigmes du noyau familial.
À chaque nouveau texte, une fable dessine les destins. Cette fois, elle puise son inspiration dans
Le roi Lear, se faisant écho de la tragédie dans la réalité d'aujourd'hui.

Distribution

texte et mise en scène : Julien Mages
avec Marika Dreistadt, Mathilde Hennegrave, Viviane Pavillon, Roman Palacio et Clément Victor
soutien à la dramaturgie : Anne-Laure Sahy
scénographie et lumière : Chloé Decaux
composition musicale et arrangements : Alexis Gfeller
costumes : Rosi Morilla
accessoires : Sylvia Lerch
production : Cie Julien Mages, Anne-Laure Sahy | rue#917
coproduction : Théâtre de Vidy - Lausanne, Théâtre du Pommier, Théâtre de Vevey, Théâtre Arsenic, Théâtre du Loup, CO2 de Bulle, Journées de Théâtre Suisse Contemporain et CMA-Petithéâtre de Sion
avec le soutien de : Canton de Vaud, Loterie Romande, Service culturel Migros Vaud, Corodis

L'auteur et le texte

L'AUTEUR
Elève issu de la première volée de La Manufacture (HETSR), Julien Mages y poursuit ses études de comédien et continue à écrire pour le théâtre pendant sa formation. Il y écrira et mettra en scène Cadre Division, La Mer du Nord, Venoge Vision, et commencera le chantier de Division Familiale. Cadre Division deviendra le premier volet du Triptyque Division. Créé à l'école, Cadre Division sera repris à l'Arsenic de Lausanne en ouverture de saison 2006/2007. En tant que comédien on a pu voir Julien Mages aux côtés de Robert Bouvier dans L'éloge de la faiblesse d'Alexandre Jollien, mis en scène par Charles Tordjman (lors d'une tournée en Suisse et en France) et au Théâtre Barnabé dans la comédie musicale Oliver Twist. Il joue également dans Salomé mis en scène par Anne Bisang, dans Être là de Syviane Dupuis mis en scène par Martine Paschoud et dans Mesure pour mesure de Shakespeare mis en scène par Joseph Voeffray et Anne Vouilloz (tournée Suisse romande).
Julien Mages est notamment l'auteur de treize textes pour le théâtre. Il a créé le troisième volet du Triptyque Division: Division III, jaune oraison au Poche de Genève en mai 2008. En septembre 2009 il a écrit et créé la pièce Les Perdus au Théâtre de Vidy-Lausanne. S'ensuivent Trois Préludes et fugues en forêt en 201 0 et Un homme, seul en 201 1 dont il signe les textes et les mises en scène. En 201 2, il co-écrit avec le Collectif Division Etat des lieux, créé au Théâtre 2.21 puis repris en 201 3 au Théâtre de Vidy. La même année, il a écrit et dirigé Ballade en orage, coproduit par le Théâtre de Vidy. A l'automne 201 3, il écrit et crée Valse aux Cyprès, anamnèse d'un prochaine massacre.

ÉCLAIRAGES SUR LE TEXTE
La tragédie du Roi Lear est probablement la pièce de Shakespeare la plus complexe: multiplicité des intrigues, variation des genres théâtraux - on passe du drame à la comédie, du vers à la prose, de l'absurde à l'épopée tragique. Tout se mêle dans Lear; la politique, la famille, la filiation, la vieillesse, la jeunesse, la mort, la vie mais plus que tout et fait rare dans les tragédies classiques: l'initiation mystique.
Cette analyse n'engage que moi. Le chef-d'œuvre de Shakespeare est une énigme, il offre une infinité d'interprétations possibles. Lors d'une de mes réflexions autour de la pièce, une idée aussi saugrenue qu'intriguante m'est venue. J'ai écrit les quatre lettres L E A R sur une feuille et l'anagramme « REAL » m'a sauté aux yeux. Bien sûr je n'ose y voir qu'une amusante coïncidence, mais elle m'a, en quelque sorte, ouvert le chemin de la pièce. Je me suis alors posé la question du RÉEL, ou du VRAI, dans Le Roi Lear et me suis vite aperçu que tout tourne autour de ce concept de « vrai ». Autrement dit le VRAI-RÉEL est la clef de voûte dramaturgique de la pièce...
Au début de la pièce le roi demande à ses filles de lui faire une déclaration d'amour avant de leur distribuer le royaume qu'il s'apprête à quitter. Dans ce simulacre de joute oratoire les deux premières filles (Régane et Goneril) se répandent en déclarations pompeuses dont la fausseté évidente n'a d'égale que la cupidité dont elles font preuve pour l'héritage qu'elles s'apprêtent à goûter. Mais la troisième, c'est là le point de départ de l'intrigue, refuse le jeu de la flagornerie et se borne à dire la vérité:
CORDÉLIA :
... Croyez-moi,
Je ne me marierai jamais comme ont fait mes sœurs
Pour n'aimer que mon père !
Ainsi, comme le fouet du destin, la vérité frappe et c'est le double bannissement que l'on s'apprête à suivre tout au long de l'œuvre: celui de Cordélia d'abord, qui se voit privée de sa part du royaume, et celui de Lear ensuite, malmené par le mensonge de ses deux filles qui s'empressent, une fois le pouvoir conquis, de le rabaisser, de le congédier à un rang secondaire et de lui retirer tous les privilèges de sa fonction, trahissant ainsi à la fois le père et le roi, le pouvoir et l'amour. Autant dire que Lear passe du pouvoir absolu de roi, de père aimé et craint, à la solitude de la vieillesse: l'ingratitude de ses deux filles aînées est flagrante. Survient alors, au comble du malheur, la culpabilité d'avoir banni sa troisième fille qui se trouve être la seule fidèle et aimante. Cette réalité soudainement démasquée de la vanité absolue de son ancienne condition plonge irrémédiablement Lear dans la folie. Shakespeare nous montre ici le basculement qui se produit quand l'illusion fait place à la vérité: l'homme connaissant se retrouve nu face à l'univers et sa condition sociale et affective parmi les hommes ne peut résonner désormais que comme une pitoyable mascarade.
J'analyse la chute du roi comme le passage au dernier stade de la vie, celui de l'homme confronté à la vieillesse et à la mort que représente le déclin de la vie, et conséquemment confronté à la perte de ses illusions. L'homme devant la solitude ultime de la vie, face au RÉEL. Comme Œdipe, Alceste, Hamlet, Antigone... le héros commence à « voir » lorsque tout s'est écroulé et qu'il se retrouve seul face à sa mort. C'est l'initiation à laquelle se confronte Lear: plus rien n'a de sens, tout est sens dessus dessous, le roi est déchu, il ne reste que l'homme face au vide.

EXTRAIT DU TEXTE

1.
Edgar, seul, dans une grande pièce vide.
Un vieux bureau trône au milieu de la pièce.

Edgar : Papa, père, ministre de mon enfance, ombre lumineuse,
ombre tendre où venait se reposer mes angoisses de sept ans…
quand un soleil lucide éclaboussait les caves de mon humeur,
tu étais là, tranquille, ceint de silence, trônant laborieusement sur le vieux chêne de ton bureau,
père,
j'ouvrais la porte, délicatement, pour ne pas troubler la science de ton calme,
tu savais que j'entrais, mon premier cris étouffé par le grincement de la porte,
j'avais l'impression de m'introduire dans l'antichambre de ton esprit.
J'avançais, prudent, comme dans mes jeux interdits quand j'imaginais frôler des gouffres,
j'avançais, les yeux ronds, écarquillés par cet empire paternel aux
mille livres au-dessus de ta tête, attendant de jeter l'ancre de ma main, petite…
sur le pans traînant d'une veste noire qui coulait de tes épaules à la pierre qui soutenait mes pieds…

Père, mon grand, mon dieu, mon roi, mon immense souverain…
comme j'aimerais revenir sur mes pas…
reprendre la route que le souvenir à recouvert,
investir à nouveau le drap neuf de ces petites années…

te revoir te revoir te revoir…

Trahir les dieux, descendre aux enfers, saisir ta main, te guider vers la lumière, et te revoir à la porte des deux mondes… attendre tes premiers mots… marcher côte à côte…

côte à côte…
côte à côte…

… comme un père et son fils.
Se promener… et voir devant, nos deux lointains qui se retrouvent.

Papa, père…

Je tiens ta veste… le sourire est né au milieu de ta barbe, tu ne tournes pas encore la tête, tu attends que je parle, tu attends, je ne parle pas, je veux tenir et être aussi fier que toi, j'ai sept ans mais je me sais comme toi, un homme ! parce qu'un enfant est un homme à l'ombre de son père…
…. mais finalement je n'y tiens plus, je voudrais provoquer en toi une parole mais je suis saisi par le besoin de rompre le silence que tu sais insupportable à mon impatience, je dois trouver quelque chose à dire.
Avant :
j'ai couru…
Depuis le champ où je tourmentais cent ennemis imaginaires, j'ai gravis le petit mur, traversé le jardin, sauté sur les rosiers jeunes, combattu leurs épines, bondis sur l'établi branlant de la cuisine, tué un monstre, traversé le couloir en frôlant le vide, gravi les marches de l'escalier qui s'effondrait derrière moi, rampé sur le tapis du petit salon qui mène inexorablement à la porte du bureau que je voyais comme le pont-levis de la tour où tu siégeais, alors je me suis accroché à la poignée brulante du tréteaux remontant et je suis retombé de l'autre côté…

Là, maintenant :
dans la demi-obscurité de ton antre, il y a trois rayons de soleil qui fendent l'espace de ton sanctuaire, comme des barreaux, ils me séparent de toi… mais je pousse la porte… je pousse la porte et son grincement me fait peur…
Tout me fait peur… toi, cette pièce de grande personne, ton silence, ton immobilité, je sais que tu me vois sans lever tes yeux de… papa…. Je me vois avancer, tremblant, farouche…. comme quand je dois m'endormir… dans le noir avec le vent qui rigole entre les pins…

Je traverse les barreaux…

Je me trouve maintenant… au milieu de la pièce :

En face de toi…

Et toi… tu ne bouges pas et ne lèves pas ton regard…

Tu sais… pour venir jusqu'à toi, papa, père, j'ai dû traverser des mondes insensés.

J'ai marché, bravé la mort et je me retrouve bientôt… après quelques pas timides, pendu à ta veste, à ton sourire malin qui ne me regarde pas attendant que je lâche, en un dernier souffle, terrassé par mon champion, capitulant aux dernières secondes de la bataille, à l'ombre de ta grandeur qui m'estoc du coin des lèvres… oui, tu attends que je lâche mon : « papa »…

…et tu ris bruyamment tu me prends dans tes bras…

Papa…

Père…

Silence

Si j'avais su qu'un jour, vieil aveugle les orbites maquillées par le sang, je devrai retenir mes larmes d'homme pour te mener vers un faux précipice…

… les yeux crevés… je t'ai vu…

… et le fils amoureux a compris que le père résigné attendait de mourir…
… et le fils résigné a compris que l'ancien amoureux n'avait plus de sourires…

Un père est une question à laquelle l'absence répond.

J'ai vidé ma vie, jeune je suis vieux.

Ce soir-là, entre orage et tempête, tes cheveux mouillés, titubant dans le paysage inconnu de la cécité, tu avais pourtant encore cette fidélité inquiète pour le grand Lear…

Le grand Lear…

Temps

Tu l'aimais ton grand Lear…

Temps

La compagnie

Voici plus de dix ans que Julien Mages écrit et met en scène des spectacles. Durant sa formation à la Manufacture-HETSR, il écrit et crée son premier spectacle professionnel avec quelques camarades de sa promotion. Ce spectacle – Cadre Division – à été le début d'une aventure avec le Collectif Division pour lequel il a écrit et mis en scène huit spectacles – Cadre Division, Division Familiale, Les Perdus, Trois préludes et fugues en forêt, Un homme seul…, Etat des Lieux, Ballade en Orage, Valse aux Cyprès.
En dehors du Collectif, il a également réalisé plusieurs mises en scène dont Division III jaune oraison, Eloge des ruptures, et une petite forme opéra sur Mozart avec des chanteurs professionnels, ainsi que quelques travaux d'école également écrits et mis en scène, notamment avec Antoine Jaccoud.

Après Divison Familiale (2008), Etat des Lieux (2011), Valse aux Cyprès (2013), Ballade en Orage est le quatrième spectacle écrit et mis en scène par Julien Mages que nous vous présentons au Petithéâtre de Sion. Nous lui reconnaissons une véritable plume, à la fois contemporaine et dramatique, qui fait de lui l'un des auteurs à suivre !

L'affiche du spectacle

"L'épreuve de la tourmente", article de Jean-François Albelda pour le Nouvelliste, 27.11.2014

Bande annonce du spectacle (2011 - Théâtre de Vidy)

Teaser "maison" du spectacle (2014 Petithéâtre de Sion)
Presse, documents et liens

le site de la compagnie
le dossier de présentation (pdf - 0.4 Mo)
«Ballade en Orage», critique de Margaux sur le blog spectateurs du Théâtre de Vidy, 16.01.13
«Quand la musique dissout les heurts», critique de Marie-Pierre Genecand pour Le Temps, 25.01.13
Les Matinales d'Espace 2, critique de Marie-Pierre Genecand et extrait audio du spectacle, 23.01.13

Durée, prix et réservation

Environ 90 minutes.

Plein tarif : 20.-
Tarif réduit : 10.-
Titulaires du passe 20 ans 100 francs Valais : gratuit !

Exceptionnellement, les réservations se font via le portail de billetterie du Oh ! Festival Valais Wallis 2015 !




 
     
   
© 2014 Petithéâtre
© michaël abbet